Un papillon, deux continents, quatre écoles, douze sous-marins, un kangourou

Lorsque l’Australie et Naval Group signèrent un contrat stratégique qui liait les deux parties pour une durée de cinquante ans avec à la clé l’acquisition par Canberra de douze sous-marins océaniques fabriqués par Naval Group, l’ « effet papillon » se fit ressentir dans des écoles d’Adélaïde et Cherbourg.

Temps de lecture 5 minutes

En effet, le transfert de technologies a impliqué dès 2017  la venue sur le site de Cherbourg d’un premier groupe d’ingénieurs australiens pour une durée de deux à trois ans. Afin d’assurer leur bien-être et donc une efficacité professionnelle maximale, ils étaient accompagnés par leurs conjoint-e et enfants. La scolarisation de ces derniers a amené une délégation australienne à choisir un groupe d’écoles proches du site  de construction avec une logique de secteur scolaire.

C’est ainsi que l’école maternelle Alma, l’école élémentaire Gibert Zola, le collège La Bucaille et le lycée Victor Grignard ont été retenus et, dès la rentrée 2017, de jeunes Aussie étaient inscrits en maternelle et élémentaire ainsi qu’en secondaire. Conscientes des enjeux - politique, économique et éducatif – d’un tel dispositif, Armony Melun et Laure-Amélie Dollon, directrices respectivement d’Alma et de Gibert Zola, ont uni leurs forces et mutualisé leurs pratiques. Renforcées par une PQMC (Plus de maîtres que de classes) bilingue, les équipes éducatives ont pu mettre en place une politique d’aide pour les élèves australiens. Emploi du temps adaptés, cours de français langue seconde, certifications passée par l’enseignante PMQC, des stratégies ont rapidement été mises en place pour faciliter l’accueil des nouveaux arrivants avec pour objectifs une intégration rapide, des progrès en français, mais également le souci de penser au retour des jeunes chez eux un ou deux ans plus tard et donc de ne pas les couper des programmes australiens. Parallèlement, des parents français s’inquiétaient de toutes ces adaptations qui pouvaient être ressenties comme perturbantes pour la scolarité de leurs propres enfants. Loin de se décourager, les enseignantes ont pris le kangourou par les oreilles et, fortes du soutien total de leur inspecteur de circonscription ainsi que de la DAREIC de Caen, ont décidé de faire évoluer le dispositif afin de faire profiter chaque enfant de l’école de la présence des Australiens et de développer une culture anglophone au sens large. Passer du statut de dispositif d’accueil à école bilingue binationale avec un projet d’école sur trois ans qui allait impacter toutes les classes des écoles maternelle et élémentaire, le saut était immense mais leur est apparu comme une évidence. Une plaquette de présentation bilingue et un site qui commence à le devenir entièrement, une liaison étroite avec le collège, un déplacement en Australie afin d’observer les pratiques pédagogiques dans des écoles d’Adélaïde, ville où est implanté Naval Group Australia, 2018 a vu le début d’une transformation qui va se poursuivre en 2019 : 

  • accueil d’enseignants australiens à la rentrée scolaire ;
  • voyage d’étude à Adélaïde au printemps 2020 ;
  • correspondance établie avec l’école Highgate d’Adélaïde qui devient elle aussi bilingue ;
  • cours de français dispensés aux Australiens par une enseignante d’anglais du second degré ;
  • harmonisation des programmes entre les deux systèmes scolaires ;
  • enseignement quotidien de l’anglais dès la petite section maternelle, et ce dans toutes les disciplines, à raison de dix minutes en petite section jusqu’à 1 heure par jour en CM2 avec comme objectif final à l’horizon 2021/2022 50% de l’enseignement du programme de CM2 en anglais ;
  • mise en avant de l’identité de l’école : création d’un T-Shirt, assemblées sur le modèle anglo-saxon  avec notamment des assemblées communes aux deux écoles maternelle et élémentaire ;
  • travail sur la communication entre élèves français et australiens (jeux de cours,…) ;
  • plus grande ouverture de l’école aux parents.

Un programme copieux donc, qui nécessitera des moyens humains et logistiques, mais qui n’effraie pas ces conquérantes qui rêvent même d’échanges poste-à-poste down under.

No worries, mate, pourrait être leur devise tellement leur enthousiasme est communicatif !