Les 12 et 13 janvier 2026 a eu lieu le PREAC Musique sur la thématique « Des sons et des sens ». La structure culturelle « Le 106 », à Rouen, partenaire de cette formation nationale, a accueilli 39 stagiaires, formateurs, issus des secteurs de la culture, de la jeunesse et sport et de l’éducation nationale.
- Et si l’on écoutait autrement ? En mobilisant d’autres sens, pas seulement avec les oreilles, mais avec les mains, les yeux, le corps tout entier, en utilisant des objets simples.
- Comment rendre accessible et intelligible l'écoute et la pratique de la musique à des publics non spécialistes, très jeunes, où en situation de handicap ?
Tels étaient les axes de travail pour ces deux jours visant à mieux “comprendre” le son, en le vivant, à travers les sensations qu’il provoque et les réactions qu’il suscite, à travers des temps d’observations, de réflexion, et de partages d’outils concrets.
La formation était organisée autour d’ateliers de médiation, de temps de découverte et de réflexion autour des projets artistiques présentés par des équipes artistiques fortement impliquées dans des projets d’éducation artistique et culturelle.
Première partie du spectacle
Jour 1, animé par Clément Lebrun - Artiste sonore, Compositeur, pédagogue - accompagné de musiciens de l’OMEDOC.
Un temps de découverte du Kit « Musique en jeu(x) », a permis de découvrir comment mobiliser d’autres sens que l'ouïe pour favoriser une meilleure compréhension des paramètres et textures des œuvres expérimentales et contemporaines.
Ce Kit permet de s’approprier la musique contemporaine à travers la re-création de textures sonores utilisant des matériaux simples proposant différentes « cartes jeux », utilisant des accessoires simples présents dans la boite en bois, et faisant le lien avec des pièces de musique contemporaine / expérimentale.
Le projet « Toucher », de l’OMEDOC, a permis de découvrir une forme d’écoute ouverte, inclusive, sensible, en s’appuyant sur un dispositif en bois sur lequel jouent des musiciens avec des objets variés (fouets, baguettes, élastiques…) relié à une partie osseuse de l’auditeur (boîte crânienne, dents). Ce dispositif a été conçu pour ressentir le son et non l'accueillir par ses oreilles, et a montré que la réception du son par les auditeurs provoque des émotions très variées, et n'a pas toujours été vécu de façon agréable.
En parallèle, des ateliers de pratique divers (massages sonores, gamelan de gamelles, lithophone) ont montré comment développer une posture de médiation sensible, fondée sur l’attention, l’exploration, l’invention, et non sur la maîtrise technique.
Le spectacle/performance « Ex », de la compagnie « Du grain à moudre », suivi d’un atelier de pratique, s’attachait quant à lui à donner des outils permettant de comprendre la propagation des ondes sonores en les rendant visibles, avec des matériaux simples. Eau et maïzena dans un caisson de basse, sable sur une plaque métallique mise en vibration avec un archet, poudre champignon sur un haut-parleur etc… ont permis une approche visuelle de la musique.
Un atelier de pratique avec Anne-Laure Labaste proposait la découverte du « Playron », un outil transformant tout objet conducteur en générateur de son. Celui-ci a amené les stagiaires à réfléchir sur les liens possibles entre les sens des goûts et de l’odorat, auquel on peut associer des sons, voire créer des sons, en justifiant des choix de paramètres sonores, amenant à utiliser du vocabulaire musical spécifique.
Le collectif Rotule présentait son spectacle « Noise Story », en présence d’élèves de maternelle. Les objectifs de ce temps d’observation pour les stagiaires étaient multiples. Le premier était d’interroger collectivement les conditions d’une écoute partagée et inclusive chez le jeune enfant, mais l’observation des réactions du public a soulevé des questionnements riches et variés autour de la posture des élèves, et des adultes qui les encadrent.
Ce qu’il est en ressorti concernant la posture de l’élève est qu’il reçoit le son de multiples façons :
- certains écoutent attentivement ;
- d’autres reçoivent le son et le vivent dans leur corps (ils courent, se lèvent, dansent…).
Seconde partie du spectacle
Les adultes encadrants avaient eu pour consigne de privilégier la communication non verbale dans cette deuxième partie du spectacle, afin de laisser les enfants s’approprier les objets sonores mis à leur disposition par les artistes. Il en est ressorti que certains adultes n’acceptaient pas les comportements des enfants et la plupart n’avait pas intégré cette consigne de communication non verbale.
Les parents accompagnateurs présents ont cherché à contrôler les réactions de leur enfant, en lui parlant ou en l’éloignant des objets sonores. Certains adultes ont donc oublié que cette seconde partie était partie intégrante du concert et montré que les codes du spectacle n’étaient pas acquis pour tous. Il est également ressorti que l’adulte était préoccupé par le jugement de ses pairs face au comportement des enfants.
L’observation de ce spectacle en présence de maternelles a permis de souligner l’importance du rôle des médiateurs culturels, des animateurs, et des enseignants, notamment dans la transmission des consignes en amont, le rappel de la posture pendant un spectacle / concert et l'apport de contenu et/ ou de références, qui peuvent éclairer la réception et apporter des connaissances.
Ces deux jours de PREAC ont souligné l’importance d'échanger autour des pratiques professionnelles et des expériences de terrain pour nourrir une culture commune entre artistes, enseignant-es, médiateur-ices, éducateur-ices et ont permis l’acquisition d’outils concrets de transmission permettant de concevoir des actions d’EAC en lien avec les musiques expérimentales notamment, dans leur diversité esthétique et historique, au-delà des cadres traditionnels.
Mise à jour : février 2026

