Banned Books : des lycéens de Dieppe s'engagent pour la liberté de lire

Et si des élèves de lycée professionnel devenaient les défenseurs de la liberté d'expression ? C'est le pari réussi de deux enseignantes du lycée polyvalent du Golf de Dieppe, qui ont imaginé un projet aussi ambitieux qu'inspirant.

Depuis le 2 mars 2026, les élèves de deux classes de seconde professionnelle (filières ASSP et GATL) travaillent ensemble autour d'une question centrale abordée en cours d'anglais : "Is banning books a threat to freedom of expression ?" (L'interdiction des livres est-elle une menace pour la liberté d'expression ?).

Le projet est porté par madame Jobbin, professeure de Lettres-Anglais, et madame Chopart, professeure documentaliste. Il articule enseignement de l'anglais, éducation aux médias et à l'information, et éducation morale et civique. Il s'inscrit dans le cadre du Prix Liberté.

Un phénomène inquiétant comme point de départ

Aux États-Unis, plus de 10 000 livres ont été retirés des bibliothèques scolaires depuis 2024, selon l'association Pen America. Parmi les ouvrages visés figurent des classiques comme 1984 de George Orwell ou Le Journal d'Anne Frank, ainsi que de nombreux titres abordant le racisme, les identités LGBTQ+, ou encore la différence. Les élèves ont analysé ces œuvres, compris les raisons de leur censure et réfléchi aux conséquences pour la société : appauvrissement du débat, effacement de certaines réalités, atteinte aux libertés fondamentales.

Des compétences au service d'une réflexion citoyenne

Ce qui distingue ce projet, c'est d'abord sa conception. Anglais, éducation aux médias et à l'information, éducation morale et civique : les disciplines s'articulent naturellement autour d'un sujet qui fait écho aux enjeux du monde contemporain. Les élèves n'ont pas simplement étudié des livres, ils ont mené de vraies recherches documentaires, analysé des œuvres en langue anglaise, rédigé des textes argumentés, débattu, photographié, mis en scène. À chaque étape, les apprentissages scolaires ont trouvé un sens concret.

Ce projet s'inscrit également dans le cadre du Prix Liberté, ce qui lui confère une dimension supplémentaire, ancrée dans des valeurs fondamentales que l'École a pour mission de transmettre.

Des élèves auteurs d'une exposition muséale

Afin de mettre en valeur leur travail, les élèves ont transformé le CDI du lycée en véritable musée. Des grilles et des rubans de scène de crime symbolisent l'inaccessibilité des livres censurés. Les œuvres étudiées y sont exposées, accompagnées de recommandations rédigées par les élèves en français et en anglais.

Téléchargez le dépliant de l'exposition, conçu par les enseignantes et remis aux visiteurs :

Les élèves ont également réalisé une exposition photographique de 20 clichés originaux en noir et blanc. La démarche est personnelle et exigeante : chaque élève a été invité à traduire en images son ressenti face à la censure littéraire. Que signifie interdire un livre ? Priver quelqu'un d'une histoire, d'une idée, d'une représentation de lui-même ? Ce sont ces questions que chaque photographie tente de mettre en images.

Chaque photographie est signée de son ou ses auteurs et accompagnée d'un cartouche explicatif. L'ensemble est réuni dans un catalogue bilingue français-anglais, conçu et édité par les enseignantes, qui témoigne à lui seul de la qualité et de l'ambition du projet.

Téléchargez le catalogue de l’exposition qui regroupe l’ensemble des travaux des lycéens.

Le projet a été présenté aux élèves et aux personnels de l'établissement lors de visites guidées animées par les élèves-auteurs eux-mêmes.

Une ouverture sur la ville et sur le monde

Le projet ne s'arrête pas aux portes du lycée. En mai 2026, la librairie La Grande Ourse de Dieppe accueille l'exposition dans le cadre du Mois anglophone. Les recommandations rédigées par les élèves en français et en anglais sont présentées en vitrine aux côtés des œuvres. Leur travail photographique est ainsi visible par le grand public. Cette projection dans l'espace culturel de la ville est un signal fort : les productions de ces élèves ont une valeur qui mérite d'être partagée au-delà de l'établissement scolaire.

Un projet qui se répands

L'écho rencontré par Banned Books témoigne de sa qualité. Des enseignants de France, de Belgique et de Suisse ont déjà exprimé leur souhait de s'en emparer dans leurs propres établissements. Le projet sera reconduit dès la rentrée 2026, et ses conceptrices envisagent d'en faire un concours à dimension académique, voire nationale.

Pour en savoir plus sur le projet, téléchargez le livret pédagogique :

Mise à jour : mai 2026