Prix Sciences pour tous
Il permet aux élèves de voter pour leurs meilleurs ouvrages autour d’un sujet déterminé pour l’année. Celui de 2025-2026 était : Aux origines de l’espèce humaine.
Jeudi 2 avril : Benoit Severac : L’homme qui dessine
Le collège Saint-Rémi de Tinchebray dans l’Orne a accueilli le prix le matin. La presse était présente.
Après une présentation du métier d’auteur, les échanges avec M Severac ont pu commencer.
L’auteur précise que son ouvrage a demandé un travail de recherche, d’échanges avec les scientifiques. D’ailleurs, il a dû réécrire la fin car une découverte scientifique contredisait son choix de scénario.
M Severac a pu dédicacer son livre aux élèves mais aussi à leur professeur qui a organisé le prix au sein de l’établissement, Mme Cyrielle Jeanne.
M Severac raconte ensuite son début dans l’écriture, très tôt à l’âge de 10 ans. Vers 30-36 ans, il remporte un concours de nouvelle qui l’amène à se poser la question de son orientation professionnelle. En effet, il est enseignant. Autour de la quarantaine, il décide d’être publié, mais vers 46 ans, il décide d’en faire son métier. Il lui faudra 10 ans pour pouvoir en vivre et quitter son premier métier.
Ce parcours non linéaire montre aux élèves que lorsqu’on souhaite une orientation, il ne faut pas se décourager.
L’après-midi, le collège Jules Verne, de Saint-Hilaire du Harcouet, avait préparé la venue de l’auteur avec leur professeur, Mme Cathrine Tholot.
Les élèves ont réalisé des fresques, des œuvres graphiques mais aussi des textes en relation avec le livre.
Ils ont pu présenter et expliquer leur motivation et leurs choix en termes d’écriture et de graphismes.
Il précise que sa spécialité est le roman policier un peu noir pour adulte. Sur ses 19 romans, le livre du prix est le seul qui s’adresse aux adolescents. Son prochain livre est d’ailleurs centré sur 1914-1918, une période difficile.
Les élèves posent des questions à partir d’une boîte les contenant. Elles ont été rédigées par les élèves. Afin que personne ne soit inquiet de les poser, chacun en pioche une. Tout le monde participera à tour de rôle.
Il répondra à toutes :
- Qui vous a aidé dans votre entourage ?
- Comment choisissez-vous vos sujets ?
- A-t-on une date limite pour sortir un livre ?
Un atelier lecture existe dans l’établissement, intitulé le Fiction Club. Les adhérents du groupe lecture participent cette année au Défi Babelio Ado.
Tous les vendredis, les 9 lecteurs assidus partagent leurs lectures au groupe afin de les entraîner dans « les légendes urbaines à travers l’upside down du collège Jules Verne ».
Puis, autour d’une petite collation, les échanges ont continué jusqu’au départ de M Severac.
Il précisera qu’il était très heureux de découvrir sa sélection pour le prix du Livre de Sciences pour Tous.
Retours d’élèves le jour J :
Alexis : « Trop bien, je pensais que ce serait un livre documentaire et l’aspect policier m’a donné envie d’aller au bout ».
Gabriel : « Géniale l’intrigue avec les faux bonhommes dans l’histoire ».
Léa : « Tout est bien ! »
La professeure précise que le livre a rencontré un succès dès le début, en 5eme comme en 4eme, le policier plaît.
Jeudi 9 avril : M. Nicolas Teyssandier : Une année avec Sapiens
Le collège de Saint-Jean de Daye dans la Manche, sous l’impulsion de Mme Cadiou Marielle, professeur de sciences de la vie et de la Terre, a préparé la venue de M. Teyssandier, auteur du livre « Une année avec Sapiens ». Un livre qui retrace la vie d’un Sapiens tout au long d’une année, rythmé par les saisons qui passent les unes après les autres.
Ce sont 2 classes de 6eme qui accueillent M. Teyssandier.
Ils réalisent un enregistrement audio de leurs échanges afin de les analyser et les retravailler après la visite de l’auteur. La professeure nomme les élèves qui sont attitrés à lire telle ou telle question.
Les questions sont réparties en 3 catégories : le métier de préhistorien, le livre et la Préhistoire.
Plus de 30 questions prévues par les élèves, une moitié des 46 élèves a lu le livre et l’autre moitié a travaillé un passage de celui-ci.
M. Teyssandier a commencé par présenter le métier de chercheur et du CNRS. Ce dernier est le plus gros organisme scientifique du monde avec plus de 15 000 chercheurs.
Il précise que seulement une centaine de chercheurs en France font des recherches sur la préhistoire.
La majorité du travail consiste à faire de l’archéologie préventive pour des travaux de terrassement, de construction de bâtiment.
Il précise quand même que « Mon rôle au CNRS est de m’amuser, je n’ai pas de chef, c’est un métier passion, comme celui de peintre, de chanteur, etc ».
Il indique aussi que « chercher le passé permet de réfléchir à qui on est et donc d’où on vient, pour expliquer pourquoi et comment on en est arrivé là ».
C’est beaucoup d’heures de travail, parfois 12-13h par jour.
Il possède un doctorat, on pourrait l’appeler docteur, mais il ne peux pas vous soigner.
C’est un métier difficile d’accès. Cette année 150 candidats se sont inscrits au concours pour 4 postes seulement. Il voyage souvent et précise qu’il part bientôt pour le Japon.
« Mon objectif est de déclencher parmi vous peut-être une ou deux vocations ».
« Il faut être curieux et ainsi avoir envie d’apprendre ».
« L’archéologie, c’est un travail proche du terrain, on ne peut pas tout apprendre dans les livres. Il faut aimer ce contacte avec la terre. »
Quelques questions d’élèves avec leurs réponses :
Yanis : « Avez-vous fait des découvertes, si oui, lesquelles ? »
M. Teyssandier : « Des outils en silex, en Mongolie notamment. Pendant 6 ans. On a trouvé un crâne humain, puis avec une série d’analyses, on a découvert qu’il avait plus de 30 000 ans, donc Homo sapiens comme nous. Il était donc arrivé jusque-là en partant du sud de l’Afrique. Cela a permis de publier et d’intéresser la communauté et les publics ».
Elève : « Pourquoi avoir fait une publication pour les jeunes ?»
M. Teyssandier : « Une des parties du travail de chercheur est de donner un peu de mes connaissances au grand public. Plutôt pour adultes au départ, mais mon éditeur m’a parlé de publier pour les adolescents. J’ai testé si je pouvais raconter la vie pendant un an d’un sapiens. Après relecture par des spécialistes, on a vu que c’était bien accueilli. J’ai donc terminé l’ouvrage. Si cela permet de vous faire rêver et de donner des envies et passions à certains ou certaines, c’est l’essentiel. Peut-être que dans 20 ans l’un ou l’une de vous sera à ma place et racontera la visite d’aujourd’hui. Ce qui m’intéresse c’est tout ce qui a des répercussions sur les humains. Je fais ce qu’on appelle une science humaine ».
Elève : « Combien de livres avez-vous écrits ? »
M. Teyssandier : « 8-9, mais un seul pour jeunesse. Celui que je préfère : «Nos premières fois ». Notamment la consommation du lait, qui n’est pas quelque chose de naturel. Il faut avoir domestiqué les animaux. L’auroch sauvage n’est pas devenu une vache aussitôt. C’est donc un livre avec 30 petites histoires sur les premières fois de l’homme. Arte va peut-être acheter les droits du livre pour le transformer en podcast ».
Elève : « Quels humains vivaient à la préhistoire ? »
M. Teyssandier : « Des sociétés sans écriture, le début des pierres taillées. C’étaient des primates qui ont développé des caractéristiques humaines. L’Homo sapiens, il y a 200 000 ans en Afrique, il y avait 50 000 humains comme nous avec des outils en silex, même cerveau, la parole, le même physique mais des cultures différentes. Il y a 40 000 ans, il n’y avait pas de Blanc en Europe. Il faut plusieurs générations pour modifier la peau d’une espèce en fonction de son milieu. Lorsque j’étais en Éthiopie, avec 40°C et l’altitude, je n’étais pas adapté au climat. Ma peau non plus. En remontant de l’Afrique vers le continent européen, l’homme a évolué pour s’adapter au climat, notamment par la dépigmentation de sa peau . Une espèce c’est dû à la capacité qu’ont un mâle et une femelle de produire des enfants féconds. Sinon l’espèce s’éteint. Chez les humains actuels, il n’y a donc qu’une seule espèce ».
Ensuite, M. Teyssandier a abordé plusieurs thématiques en répondant aux questions :
- Quelles inspirations pour les hommes des cavernes ?
- Quel est le plus grand dessin jamais rencontré ?
- Comment s’est faite la découverte du feu ?
- Comment a-t-on eu des informations sur le langage puisque par définition il ne s’écrit pas.
Il a abordé le site du Rozel, proche de chez nous. C’est un site d’habitat par Néandertal, 30000-50000 AV-JC. On a les traces de pas, quelque chose qui habituellement disparaît. On peut en déduire les mouvements, les trajets vers tel ou tel lieu. On peut savoir comment ils se déplaçaient, était-ce en famille ? Les enfants suivaient-ils les adultes ? Vers le foyer du feu ? Etc.
L’après-midi, M Teyssandier s’est rendu à Valognes, à l’Ecole-Collège Sainte-Marie.
Les élèves ont présenté leur travail de maquettiste autour des saisons. Ils ont analysé les passages du livre afin de créer un plateau par saison.
A suivi une présentation de son parcours pour arriver au CNRS et être docteur en préhistoire.
M. Teyssandier : « La Mongolie actuelle fait penser à l’Europe de l’époque. Des steppes, peu d’arbres, peu de personnes. C’est 5 fois la France, avec 2 millions d’habitants, dont 1,5 millions dans la capitale. L’hiver devait s’anticiper car le sol n’était pas accessible, il était gelé. Donc les silex étaient difficiles à trouver, la cueillette, les réserves de gras, etc. De nos jours, on monte juste le chauffage. »
Le contraste saisonnier n’existait pas pour Sapiens en Afrique, il était autour de l’équateur. C’est pour cela qu’ils n’étaient pas de notre couleur de peau, car ils devaient être adaptés à son milieu. »
Il rappelle quand même qu’un chercheur fait aussi de l’administratif, de la gestion de personnel quand il a des chercheurs sous sa coupe, aussi faut-il qu’il sache s’adapter à son environnement, tout comme sapiens.
Le travail du chercheur commence par une problématique, une question à laquelle il va essayer de répondre. Il y a donc un travail de recherche qui en découle.
Les questions évoluent aussi avec les capacités techniques des laboratoires. Certains appareils permettent des analyses de nos jours qu’on ne pouvait imaginer autrefois.
M. Teyssandier : « On travaille donc avec des techniciens qui nous aident à utiliser ces techniques. Comme c’est le cas pour la mesure du temps de plus en plus précise qui permet de dater grâce au carbone-14 l’âge du charbon du feu de l’époque. »
Le préhistorien est un peu le chef d’orchestre de son équipe de techniciens.
On retrouve très peu de morts à la préhistoire. Ils n’avaient pas les mêmes coutumes pour leurs morts que plus tard (tombes, tombeaux égyptiens, etc.).
On est à présent capable d’avoir l’ADN des personnes d’il y a 40 000 ans. Même s’il n’y avait pas de cimetière. Il a fallu attendre le néolithique pour les trouver et ainsi avoir des arbres généalogiques plus précis.
M. Teyssandier : « On peut dire ce que mangeait Lucie, végétaux ? Animaux ? Son régime alimentaire. C’est l’analyse de l’ADN dans les os qui a permis cela. »
La méthode du chercheur : « Souvent entre plusieurs hypothèses quand on découvre quelque chose, c’est tout d’abord de négativer la plupart et ensuite on en déduit que la réponse qui reste à la fin est vraie ou en tout cas, le plus probable. »
On est loin d’avoir tout découvert. Presque partout où on creuse, on peut trouver quelque chose.
Dernière question de la journée : « si vous pouviez remonter le temps, quel objet amèneriez-vous à Sapiens ? »
M. Teyssandier : « Un briquet ? Ils étaient fort sur la technique et comprendre comment fonctionne quelque chose. Un couteau suisse peut-être. »
Une journée enrichissante pour tous les participants, un prix qui permet une rencontre qui restera dans leur mémoire.
Mise à jour : avril 2026






















