Programme croisé Nouveau-Brunswick / France

Entretien avec Nathalie Allain, enseignante canadienne qui a échangé son poste avec Luce Guignery, professeur des écoles.

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J'ai toujours voulu venir vivre en France avec ma famille. L'opportunité s'est présentée d'enseigner en France, ce qui était un plus ! J'ai emmené toute ma famille et j'ai fait la rentrée à l'école Arc en Ciel 2 de Vernon en septembre avec une classe de CE1 de 24 élèves. Il y a trois classes de CE1 dans l'école et je travaille beaucoup en décloisonnement avec mes deux collègues.

Il faut rappeler que l'école est un établissement de ZEP avec une population multi-culturelle.

Oui, j'ai fait un projet en arts plastiques car il y a beaucoup de tensions à l'école, du type : " Tu ne viens pas de chez moi, tu ne parles pas ma langue ". Les élèves viennent de dix pays différents et le voient négativement. Je leur montre qu'ils peuvent tous apporter quelque chose à l'autre. Chacun a dessiné un drapeau de son pays, l’a peint et affiché dans la  classe. En entrant dans la salle, on voit toute la diversité. J'essaie vraiment de travailler sur le respect, les cultures.

Comment ont-ils réagi à votre français ?

Au début, quand je suis arrivée ils m'ont demandé quelle langue je parlais. Je leur ai dit : " Français comme vous " et ils m'ont répondu : " Non, pas du tout ". Je me suis vite rendue compte qu'ils accrochaient sur certaines choses. J'intègre cette différence dans les cours de vocabulaire et nous faisons des fiches comparatives " corridor / couloir ", " chandail / pull ".

Et avec les parents ?

Quand je les ai rencontrés j'ai tout de suite vu que ma langue était pour eux une crainte. Je les ai rassurés sur le fait que j'allais suivre le même programme que les deux autres classes de CE1 et mon objectif est de toujours les rassurer. Je les invite à l'école, je me rends au portail tous les soirs pour discuter avec eux et j'ai maintenant un très bon lien avec la plupart d'entre eux.

Quelles différences et similarités notez-vous entre le Canada et la France?

Il y a beaucoup de similarités. Le programme est le même en mathématiques. En français, on enseigne aussi les mêmes choses, mais avec un petit décalage : ce que vous faites en CE1, nous on le fait en CE2. On travaille beaucoup plus sur les intelligences multiples au Canada : ici vous faites beaucoup moins de sport ou de musique. Par ailleurs, le travail des enseignants en équipe et les travaux de groupes pour les élèves sont beaucoup plus développés au Nouveau Brunswick. C'est quelque chose qui est préconisé chez nous. Sinon, vous êtes beaucoup plus exigeants au niveau de la propreté du travail. Il faudrait un juste milieu. Les enfants qui ont des troubles d'écriture ne peuvent pas écrire entre les lignes. Il faut adapter nos exigences avec ces enfants car sinon c'est impossible pour eux. Au Canada on adapte davantage selon les besoins de chaque enfant. Ici j'ai l'impression qu'on veut plus mettre dans un moule. La plus grande différence pour moi se situe au niveau du lien avec les enfants et les parents. C’est plus froid ici. Je ne dis pas que c'est bien ou mal, c'est juste différent.

Pensez-vous qu'à votre retour au Canada, votre manière d'enseigner aura changé ?

Oui, il y aura plus de discipline dans ma classe mais une discipline au service du savoir-être.  Au Canada les élèves sont trop « gâtés-pourris » !

Avez-vous eu des liens particuliers avec Luce Guignery qui occupe votre poste au Canada ?

Avec Luce, nous allons faire échanger nos élèves par visioconférence à partir de février et nous allons monter une comédie musicale avec l'aide des classes du Canada. Ce sera l'histoire d'un petit phoque qui va se promener au Canada. Nous allons travailler sur la géographie du Canada, les provinces et les comtés, le décor en arts plastiques, le chant, le cirque, la danse…

Avez-vous des regrets d'avoir accepté le programme ?

Oh non. Aucun ! J'adore la pédagogie et cette année va passer trop vite !