Voyage pédagogique au pays du Matin calme

Entretien avec Nathalie Morin, professeure de lettres au lycée Decrétot de Louviers suite à son séjour en Corée du Sud dans le cadre d’un programme d’échange d’enseignants.

Recherchez par mot-clés

Europe et International

Temps de lecture 5 minutes

- Parlons de l’avant voyage, comment les choses se sont-elles passées dans votre établissement ?

Ma proviseure m’a contactée à ma grande surprise. J’en ai parlé aux collègues qui étaient déjà allés en Corée dans le cadre du partenariat  qui nous lie au lycée de Sangsu à Daegu et ils m’ont poussée à accepter. J’ai pris contact avec la DAREIC et ai commencé à réfléchir à ce qui pouvait  intéresser nos partenaires coréens. Je sais qu’ils sont férus d’impressionnisme et, comme je travaille dans un lycée hôtelier, j’ai cherché à trouver des scènes de repas dans la littérature française du XIXème siècle notamment. Ensuite, je me suis préparée linguistiquement en faisant des recherches de vocabulaire courant en anglais. Parallèlement, j’ai lu des romans sur la vie et les coutumes en Corée. Je n’avais jamais voyagé en Asie, tout cela était nouveau pour moi.

- Comment s’est passée votre arrivée là-bas ?

Nous étions six enseignants venus d’académies différentes à participer à ce programme et nous avons été accueillis à l’UNESCO à Séoul le premier jour. Dès le lendemain, j’ai pris le train pour Daegu avec ma binôme locale. Elle s’est très bien occupée de moi et elle parlait très bien anglais. J’ai fait d’énormes progrès en anglais pendant ce séjour (rires).

- Pendant deux semaines, vous avez pu partager la vie des enseignants du lycée Sangsu à  Daegu, ville avec laquelle nous avons un partenariat académique.

Oui, j’ai eu un emploi du temps sur mesure, avec des choses diverses et variées, et j’ai aussi eu le temps de faire des découvertes culturelles et culinaires à l’extérieur de l’établissement. Les collègues coréens ont vraiment cherché à nous faire découvrir leur quotidien. J’ai eu une première phase d’observation et ensuite j’ai pu participer aux cours, notamment à des cours de cuisine pratique. Tous les élèves étaient très intéressés lors des cours théoriques et me posaient plein de questions. Ils sont fascinés par le Mont-Saint-Michel !  Ils avaient préparé beaucoup de questions. Il a dû y avoir un important  travail en amont.

- Avez-vous pu avoir une vision globale du système éducatif ?

J’ai rencontré le chef d’établissement et nous nous sommes entretenus à ce sujet avec l’aide de personnes qui parlaient anglais car il ne pratique que le coréen. Beaucoup de professeurs m’ont expliqué comment ils travaillaient avec leurs élèves. J’ai pu observer d’énormes différences, comme par exemple le fait que les élèves aient le droit de dormir en classe. Ils ont un oreiller, un plaid, leur doudou… mais ils suivent tellement de cours jusqu’à tard le soir qu’ils sont épuisés. Par contre, quand je faisais cours, ils avaient dû avoir des consignes à ce sujet car je ne voyais aucun oreiller (rires). J’ai aussi beaucoup échangé avec les élèves, ils étaient friands d’informations.

- Qu’avez-vous retenu sur le plan des pratiques professionnelles ?

J’ai essayé de mettre en place des rituels avec mes élèves à mon retour en France, car je me suis aperçue qu’il y en a beaucoup en Corée, comme par exemple la projection systématique en début de chaque cours du plan du cours sous forme de Powerpoint. Chaque diapositive  est une séance et j’ai repris cette idée. J’avoue que je n’ai par contre pas mis en place la récitation de la devise en début d’heure. J’ai montré à mes élèves le système des sanctions qui sont très strictes là-bas. C’était enrichissant d’évoquer toutes les différences entre les deux systèmes avec eux. Il y a une relation très bienveillante proche du paternalisme entre les élèves et leurs enseignants et les erreurs sont acceptées, il y a un vrai droit à l’erreur. Par ailleurs, ils travaillent principalement en groupes au niveau du lycée. Peut-être vais-je mettre en place la devise de la classe à l’image de ce qui se fait là-bas avant que Ran, l‘enseignante coréenne, ne vienne dans notre établissement.

- Et maintenant ?

Je prépare activement la venue de Ran avec des collègues de l’établissement. Je vais aussi faire travailler les élèves sur son programme, sur la communication… Mon but est de faire participer le maximum de personnes de mon établissement, élèves et adultes, à cet accueil.

- Une bien belle expérience donc ?

Tout à fait, que je renouvellerai avec joie si l’occasion se présente à nouveau !